L’hindouisme

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Pour débuter cette nouvelle série d’articles, je vais commencer par te parler de l’hindouisme. Je resterai dans une approche globale, traditionnelle de l’hindouisme pour avoir une vision plus large. Je dirais que c’est une introduction parce que Sri Aurobindo a parfois une vision différente de certaines notions. J’aurai l’occasion d’en parler plus tard dans d’autres vidéos.

Commencer par l’hindouisme m’a semblé important parce que dans le Yoga Intégral on retrouve l’essence et les méthodes des anciens yogas : la Connaissance, la Dévotion et l’ Action, ce qu’on peut appeler respectivement le Jnâna, le Bhakti et le Karma yoga, ainsi que de nombreuses notions et mots sanskrit.

Pour Sri Aurobindo, l’hindouisme a toute son importance puisqu’il le voit comme la préservation et l’expression vivante du Sanātana Dharma (la « Religion éternelle » ou la « Loi universelle »).

“J’ai compris alors ce qu’est véritablement la Religion hindoue. On parle souvent de cette Religion, du sanâtana dharma ou Religion éternelle, mais peu comprennent vraiment ce qu’elle représente. Les autres religions reposent, dans l’ensemble, sur la foi et les dogmes, mais le sanâtana dharma est la vie même ; ce n’est pas tant quelque chose en quoi il faille croire : il faut le vivre. C’est le dharma qui, pour le salut de l’humanité, a été entretenu avec amour depuis les temps anciens dans l’isolement de cette péninsule. Et si l’Inde se relève aujourd’hui, c’est pour offrir cette Religion au monde.”
Jours de prison, Sri Aurobindo

Sri Aurobindo connaît un véritable tournant dans son parcours pendant son incarcération dans la prison d’Alipore en 1908. Il y a vécu des expériences spirituelles décisives pour sa future mission. C’est pendant cette année que son action est passée du combat politique révolutionnaire à une mission spirituelle universelle.

Au début de sa réclusion, il demande à recevoir la Bhagavad-Gîtâ et les Upanishads. Il y a puisé la réalisation directe des enseignements de Krishna comme l’abandon de toute volonté personnelle et de l’ego pour devenir un instrument du Divin (le surrender) et l’établissement d’une parfaite égalité d’âme (l’équanimité).

1 . Qu’est-ce que l’hindouisme ?

L’hindouisme peut être difficile à définir car il ne correspond pas aux critères habituels des religions monothéistes ou dogmatiques occidentales.

C’est plutôt une religion qui a une grande diversité de croyances et de pratiques qui se sont développées au cours des millénaires.

Dans mes recherches, j’ai lu un texte proposant de se faire une idée de l’hindouisme en évoquant l’image d’un ancien banian.

Le banian ou figuier de l’Inde, est un arbre appartenant au genre Ficus. C’est une espèce voisine du figuier qui peut se développer en arbres géants pouvant couvrir plusieurs hectares. Il peut avoir jusqu’à 350 gros troncs et 3 000 petits. Il est originaire de l’Inde, du Pakistan et du Sri Lanka, même si on le retrouve dans plusieurs régions du globe.

Banian - hindouisme

En effet, le banian a un tronc central, et avec le temps, les pousses des branches vont toucher le sol et y prendre racine. Elles vont grandir et ressembler finalement à des troncs de l’arbre à part entière. En tant que tel, un ancien banian peut ressembler à un petit bois composé de nombreux troncs tous reliés les uns aux autres par une seule canopée de feuilles et de branches. Voilà donc une belle représentation de ce que peut être la diversité de l’hindouisme.

Banyan, métaphore de l'hindouisme

Peinture d’un grand banian, montrant les nombreuses racines aériennes entrelacées s’étendant jusqu’au sol créant une apparence de nombreux arbres alors qu’en réalité il ne s’agit que d’un seul arbre ; commandé par le lieutenant-colonel W.R. Gilbert, un commandant du bataillon Ramgarh basé à Hazaribag, en Inde, vers 1825.

Artiste : Anon – 1825 
Credit: Courtesy British Library – Shelfmark: Add.Or.2525

Tout d’abord, le terme « hindouisme » est relativement récent. Il vient du mot persan hindu, lui-même issu du sanskrit Sindhu, qui désigne le fleuve Indus et par extension, les habitants de la région au-delà de ce fleuve. On parle de la civilisation de l’indus.

Le mot « hindouisme» a été créé par les Anglais au XIXe siècle, pendant la période coloniale. Pour parler de leur tradition, les Hindous utilisent souvent le terme Sanâtana Dharma — « loi éternelle » ou « ordre cosmique éternel ».

L’utilisation du terme “hindouisme” contribue à la difficile définition de cette religion car ce terme suggère quelque chose de fixe. Une religion unifiée, ayant un fondateur, un écrit principal et une autorité doctrinale.

L’hindouisme ce n’est pas ça. C’est une tradition vivante avec des pratiques différentes, six écoles philosophiques, de nombreuses formes du Divin mais qui partagent une base commune : les Védas, les Upanishads, le Mahabharata, le Ramayana, les Purânas — et donc avec beaucoup de différences.

À l’image du banian qui possède plusieurs troncs, il y a une grande multiplicité dans l’hindouisme : c’est la caractéristique première du Sanâtana Dharma – l’Absolu est infini. Du coup, il n’y a pas de formule figée ni de standardisation dogmatique mais une multitude de points de vue et d’approches du divin. Ce qui permet à chaque communauté ou individu de choisir ses propres rites et sa divinité principale tout en participant au même ordre universel. Il est plus important d’agir correctement (suivre son dharma) que de croire à des normes imposées. Chaque hindou peut ainsi construire sa propre religiosité en sélectionnant ses rites et conceptions parmi un immense ensemble de propositions.

“La vérité est une, les chemins sont multiples.”

L’hindouisme est la principale religion de l’Inde et rassemble environ un milliard de fidèles (soit presque 80 % de la population indienne). C’est l’une des plus anciennes religions de l’humanité.

Elle a donné naissance au bouddhisme, au jaïnisme et au sikhisme.

Elle est l’aboutissement d’une longue histoire qui s’étale sur plus de quatre millénaires. On peut distinguer 3 trois grandes périodes :

– Le védisme (d’environ 1500 avant J.-C. à environ 500 avant J.-C.) Centré sur les textes du Veda (« le Savoir ») et sur le rituel du sacrifice pour maintenir l’ordre du monde.

– L’hindouisme ancien ou brahmanisme (d’environ 600 ou 500 avant J.-C. à environ 400 ou 500 après J.-C.). Marqué par l’émergence de grandes divinités comme Shiva et Vishnu, le développement de l’intériorité (spéculations des Upanishad) et l’apparition de la dévotion (bhakti).

– L’hindouisme récent (à partir du VIe siècle) avec la stabilisation des croyances et la multiplication des temples et des sectes (shivaïsme, vishnouisme, tantrisme).

2. La littérature sacrée

La littérature sacrée de l’hindouisme est très riche et elle se divise traditionnellement en deux grandes catégories :

La Shruti : « ce qui est entendu », c’est la Connaissance révélée. Selon la tradition, ces textes n’ont pas une origine humaine et ils auraient été perçus par des sages, les rishis en état de vision intérieure. Les Védas et les Upanishads (qui font partis des Védas) sont issus de la Shruti.

La Smriti : « ce qui est mémorisé », c’est la Tradition transmise par les hommes. C’est-à-dire que ces textes sont attribués à des auteurs humains. Ils s’articulent principalement autour du dharma (devoir moral et ordre socio-cosmique) et des voies de salut.

On retrouve dans la Smriti :

– Le Mahâbhârata,

– La Bhagavad-Gîtâ ou « Le Chant du Bienheureux » : ce texte fait partie du sixième livre du Mahâbhârata, c’est le texte le plus célèbre de toute la littérature indienne.

– Le Râmâyana.

– Les Purânas, qui signifie « Récits antiques ». Ils forment une vaste littérature regroupant des récits sur les divinités, la cosmologie et les lieux saints.

– Il y a également les Traités de droit et de morale (Dharma-shâstra). Le plus célèbre est le livre des Lois de Manu (Mânava-Dharma-Shâstra), composé vers les premiers siècles de notre ère, qui fixe l’organisation sociale idéale, les règles des castes, les devoirs des étapes de la vie et les rites de passage.

– Et les Traités philosophiques et liturgiques avec les Sûtra philosophiques : comme les Yoga-Sûtra de Patañjali (texte fondateur du Yoga) ou les Brahma-Sûtra de Bâdarâyana (base de la philosophie du Vedânta). Et les Tantra et Âgama qui sont des traités ésotériques et rituels à la base de la pratique dans les temples et des courants tantriques vishnouites ou shivaïtes.

3. Les grands principes

Comme l’hindouisme ne possède ni dogmes, ni fondateur, ni autorité centrale il privilégie donc l’orthopraxie, c’est à dire « l’action juste » : être hindou c’est avant tout agir correctement en accord avec son devoir plutôt qu’adhérer à un système rigide de croyances imposées.

Dans les concepts majeurs, il y a

– Le Brahman et l’Atman : Le Brahman est l’Absolu, le principe universel et la réalité suprême. L’Atman est le Soi, l’âme individuelle. La compréhension que ces deux sont identiques mène à la libération.

Le Karma et le Samsara : Les hindous croient en la réincarnation (samsara), un cycle de renaissances successives perçu comme une souffrance. Ce cycle est régi par la loi du karma : chaque acte entraîne des conséquences qui déterminent la condition des vies futures.

– Le Dharma et le Swadharma : Le Dharma désigne l’ordre cosmique, la loi morale et les règles qui maintiennent l’univers et la société pour les empêcher de sombrer dans le chaos. C’est la loi de l’être, la “loi fondamentale de notre nature qui conditionne secrètement toutes nos activités”. Le Swadharma c’est la loi d’action propre ou la règle de développement et de fonctionnement innée qui régit la vérité de chaque être. Agir selon son Swadharma, c’est accomplir des œuvres qui sont l’expression vivante et sincère de son âme et de ses pouvoirs innés, plutôt que de se conformer à une règle artificielle imposée de l’extérieur.

– Moksha et les voies de salut : Moksha c’est la libération, la délivrance de l’existence dans ce monde. Pour y accéder, la tradition propose principalement trois grandes voies : le Karma-yoga (la voie de l’action désintéressée), le Jñâna-yoga (la voie de la connaissance), le Bhakti-yoga (la voie de la dévotion).

4. Les Dieux et les Déesses dans la tradition hindoue

Le panthéon indien s’organise autour de plusieurs figures clés :

4.1. La trimurti

Tout d’abord, la Trimurti qui est la triade cosmique, “les trois formes”. Le concept de la Trimurti, ou trinité hindoue, structure le panthéon hindou autour de trois figures principales : Brahma, Vishnu et Shiva. Chacun représente une fonction cosmique essentielle, formant un équilibre entre création, préservation et destruction.

– Brahma est le Créateur. Il a pour fonction l’émanation et la création de l’univers au début de chaque cycle cosmique. Sa compagne est Sarasvatî, la déesse des arts, de la musique, des lettres et de la sagesse.

Brahma, le Créateur dans la Trimurti

– Vishnu est le Protecteur. Il maintient l’harmonie et l’ordre du monde (dharma). Il a pour épouse Lakshmî, déesse de la fortune et de la prospérité.

Lorsque l’ordre du monde est menacé, il intervient sur Terre grâce à ses avatars. Les plus célèbres sont Râma, héros du Ramayana, et Krishna, interlocuteur d’Arjuna dans la Bhagavad Gita.

– Shiva le Destructeur et le Régénérateur. Il incarne à la fois la destruction nécessaire au renouvellement des cycles cosmiques, la maîtrise des forces de vie et le modèle des ascètes.

Shiva, le Destructeur, le Régénérateur dans la Trimurti

4.2. La grande Déesse

Puis il y a la grande Déesse, la Mère Universelle. Elle incarne la puissance divine active et l’énergie créatrice féminine (la Shakti).

Elle se manifeste sous la Tridevî, qui est la triade des grandes déesses de l’hindouisme qui répond à la Trimûrti des trois grands dieux. Chacune des déesses apporte au monde un don précieux.

Sarasvatî, épouse de Brahmâ, est la déesse du savoir, de la musique et des arts.

Lakṣmî, épouse de Vishnu, est la déesse de la beauté, de la chance et de l’abondance.

Et Pârvatî, épouse de Shiva, est la déesse de la force aimante et de l’énergie qui anime tout.

En plus de la Tridevî, il y a les figures guerrières et redoutables. Autonomes et terribles, elles combattent les démons et détruisent le mal, notamment Durgâ (« l’Inaccessible », armée et chevauchant un lion) et Kâlî (« la Noire », déesse violente liée au temps et à la destruction).

4.3. Les divinités populaires

Il y a également les divinité populaires majeures comme Les divinités populaires majeures

– Ganesh : Le dieu à tête d’éléphant, fils de Shiva et de Parvati. Invoqué en premier dans les rituels, il est le dieu de la chance, de la prospérité et de la sagesse ; il écarte les obstacles et protège les commerçants, les étudiants et les écrivains. Sa monture est un rat.

– Ou encore Hanumân : Le dieu-singe, fidèle serviteur et compagnon de Râma dans l’épopée du Râmâyana, incarnant la force physique, le courage et le dévouement absolu.

5. Temps cosmique et temps individuel

Voici donc un aperçu de ce qu’est l’hindouisme. Mais avant de conclure cet article, on peut se demander en quoi la pensée de Sri Aurobindo diffère de l’approche traditionnelle.

Il faut avant tout distinguer le temps cosmique (Yugas) et le temps individuel (Samsara). La notion de cycle / de temps est un concept fondamental.

Contrairement aux visions linéaires occidentales ou scientifiques axées sur une idée de progrès continu de la société, l’hindouisme voit l’histoire de l’humanité comme un cycle perpétuel de dégradation et de recréation. C’est une succession infinie de phases de manifestation (kalpa) et de dissolution ou d’anéantissement (pralaya).

Chaque Kalpa se divise en quatre périodes, les yugas, qui marquent une détérioration accélérée de l’ordre moral et cosmique :

Le premier Yuga, Satya, est l’âge d’or. L’ordre du dharma y est parfait. Les êtres vivent dans l’harmonie, la justice et la vérité, exempts de maladies et de souffrances.

Ensuite, avec le Treta-yuga (âge d’argent) et le Dvapara-yuga (âge d’airain), le déclin commence. Le dharma s’affaiblit progressivement, et les passions ainsi que l’ignorance s’installent.

Puis arrive, l’âge sombre ou âge de fer, le Kali-yuga, période dans laquelle l’humanité se trouve depuis plus de 5 000 ans.

Ensuite, on parle de cycle individuel avec le Samsara qui désigne l’errance et la chaîne ininterrompue des renaissances individuelles.

Dans l’hindouisme, se défaire de ces cycles passe par la libération (moksha). Elle permet à l’individu de se sortir du cycle individuel des réincarnations (samsara), mais elle ne stoppe pas ni ne modifie le cycle cosmique des yugas pour le reste du monde. Ce n’est pas une délivrance collective résultant de l’évolution de la société humaine.

C’est donc ce point précis que Sri Aurobindo diffère de l’hindouisme classique. En effet, il amène une vision évolutionniste avec la notion d’un progrès spirituel continu vers un « Homme nouveau » et un salut universel. Sa vision s’est opposée au cadre traditionnel de l’anéantissement et de la recréation cycliques.

Le Yoga Intégral proposé par Sri Aurobindo n’est pas de fuir le monde ou d’obtenir un salut individuel hors du corps, mais de faire descendre la conscience supramentale pour spiritualiser la matière et réaliser sur terre un « Homme nouveau » (un surhomme) capable de préparer la libération de l’humanité toute entière.

Pour lui, l’homme est un être de transition.

Sources :

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